Communication d’entreprise : de l'efficacité et du bon sens

Xerfi Business reçoit cette semaine Michel Mondet, Président d'Akeance Consulting pour parler de la communication d'entreprise. Interview menée par Thibault Lieurade.

Thibault Lieurade : Michel Mondet, Bonjour.
Michel Mondet : Bonjour

THIBAULT LIEURADE : Vous êtes président d’Akeance Consulting et on va parler d’un sujet que l’on a peut-être bizarrement jamais traité jusqu’à présent, c’est celui de la communication d’entreprise. Alors je rapproche ce sujet d’une précédente interview que vous m’aviez accordée au sujet des DRH qui, selon vous, ne servaient à rien, c’est la même chose pour la communication d’entreprise ?

MICHEL MONDET : Je ne peux pas ne pas aimer tout le monde. Non la communication, interne comme externe, c’est vraiment important. C’est un sujet majeur, simplement cette fonction-là est compliquée parce qu’elle souffre paradoxalement d’injonction paradoxale. C’est un mot un peu compliqué mais vous savez c’est comme si vous me demandiez d’être naturel devant la caméra ça va tuer l’idée et donc je ne serai pas naturel si vous voulez. On a face à la communication, interne comme externe d’ailleurs, les mêmes réflexes. On nous dit quelque chose et on a un peu tendance à dire « c’est pas tout à fait ça, c’est pas tout à fait vrai » et du coup, cette espèce de bémol de départ, cette souffrance originelle de la communication, rend les choses un peu compliquées. C’est pour ça que la communication tourne souvent vers l’animation d’équipe, vers l’image et on se décale et on prend un peu la place, encore une fois, de responsables ou de managers, parce que les communicants ont tendance à penser que c’est mieux ainsi.

THIBAULT LIEURADE : Alors quelles seraient a contrario les bonnes pratiques en matière de communication selon vous ?

MICHEL MONDET : Je pense qu’il faut que la communication revienne à son objectif initial, qu’elle revienne à l’origine : c’est l’information. Il faut reprendre, réhabiliter les faits. On est toujours dans le second degré, on est toujours dans l’image, on est toujours dans l’anecdote, non. Réhabilitons les faits, en interne c’est assez aisé, les collaborateurs sont suffisamment compétents et suffisamment connaisseurs de leur propre entreprise, pour faire en sorte qu’eux-mêmes, mettent sur les faits les vecteurs qu’ils souhaitent : de satisfaction, de crainte, de joie, d’envie, peu importe. Mais les faits sont suffisants à mon avis pour l’interne, pour que les équipes comprennent et que les dirigeants d’équipes, les managers, les directeurs, etc. fassent en sorte qu’on anime l’équipe sur cette base-là. Pour le reste c’est un peu plus compliqué mais il faut aussi réhabiliter les faits et faire en sorte qu’on ait un peu plus l’information sur la communication externe.

THIBAULT LIEURADE : Si on revient sur la communication interne, si je comprends à peu près ce que vous dites, on pourrait imaginer des sortes de déclinaisons du grand débat national à l’échelle de l’entreprise.

MICHEL MONDET : Oui vous avez raison, ce grand débat national m’a donné l’idée de dire qu’on pourrait faire la même chose en entreprise finalement parce qu’aujourd’hui on a des débats en entreprise mais ça passe par des blogs d’information, ça passe par des colloques plus ou moins bidons, ça passe par des séminaires dédiés à des populations restreintes donc on pourrait peut-être imaginer une forme de débat d’entreprise comme il y a eu le débat national, avec beaucoup de participants, en horizontal, dans un service, avec des dirigeants de filiales peu importe. Il y a des tas de manières d’imaginer ça pour faire en sorte qu’on ait un périmètre plus large d’individus participants, qu’on ait plus d’informations, plus de matériaux et qu’on re-responsabilise les dirigeants sur le thème « avec ce matériau, je communiquerais mieux avec mes équipes ».

THIBAULT LIEURADE : Est-ce que le problème de la communication aujourd’hui ce n’est pas finalement un trop-plein de communication ? Est-ce qu’il n’y a pas un danger, alors qu’on est submergés de messages qui sont orientés en fonction des intérêts. Par exemple 35.000 journalistes en France, 10 fois plus de communicants, n’est-ce pas dangereux ?

MICHEL MONDET : Non pas forcément, d’abord, pardonnez-moi Thibault mais vous êtes un peu responsables de votre situation si vous voulez c’est-à-dire que les journalistes ont quand même tout fait pour qu’on soit tous défiants à leur égard. On le voit bien ces dernières années, il y a une défiance sur les journalistes qui est un peu due à vous-mêmes. Alors votre jocker c’est que vous avez aussi votre problème d’injonction paradoxale vous aussi donc on a aussi tendance à moins vous croire. Cela étant dit quand les journalistes, systématiquement sur une affaire d’entreprise, interrogent les syndicats, on a envie de dire qu’heureusement côté communication on met le paquet côté entreprise parce qu’il n’y a pas vraiment équité des formes si vous voulez.
Là où vous avez raison dans ce déséquilibre c’est que la communication, notamment externe, est très polluée par les sujets d’image d’entreprise qui sont un petit peu autre chose, très polluée aussi par les réseaux sociaux, l’information et la multiplication des médias qu’on connaît et on fuit un sujet qui est quand même important qui est de faire en sorte que la communication interne doit être rapprochée de la communication externe. Il faut qu’il y ait un lien, une lisibilité entre les deux. Quand je vois un slogan télévisé qui dit « nous on est pour les altruistes », je me demande comment on décline ça dans un service de back-office. Çà me semble important qu’on ait systématiquement une préoccupation de l’externe sur l’interne et de l’interne sur l’externe en matière de communication.

THIBAULT LIEURADE : Mais alors où est ce que l’on met le curseur en matière de communication entre le dire et le taire, entre le vrai et le un petit peu moins vrai.

MICHEL MONDET : Vous me connaissez Thibault, il n’y a rien à taire et il n’y a pas de « moins vrai ». Il faut faire ce que l’on dit, dire ce que l’on fait, c’est tout aussi vrai en communication interne qu’en externe, il y a un tout petit bémol c’est qu’il faut laisser un peu de part de rêve à tous ceux qui font de la communication au titre de l’image de l’entreprise.

THIBAULT LIEURADE : Finalement il faut revenir au bon sens.
MICHEL MONDET : Absolument Thibault.
THIBAULT LIEURADE : Merci beaucoup Michel Mondet.
MICHEL MONDET : Merci à vous.

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