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Faut-il supprimer les fonctions achats ?

Xerfi Canal a reçu Michel Mondet, Président d'Akeance Consulting, pour parler de la fonction achats dans les entreprises : faut-il la supprimer ? Une interview menée par Thibault Lieurade.

Bonjour Michel MONDET.

Bonjour Thibault.

Vous êtes président d’Akeance Consulting et dans une précédente vidéo vous nous aviez démontré que la fonction RH n’était pas si utile que ça. Je vous propose de refaire cette démonstration avec la fonction achats cette fois-ci si vous le voulez bien. Première question : en quoi est-ce qu’on pourrait se passer de la fonction achats dans une entreprise ?

Alors, on ne peut pas se passer de la fonction achats sur tout. Il y a l’achat de matières premières, la couverture du prix du cuivre… Vous voyez, il y a plein de sujets sur lesquels on ne peut pas s’en passer. En revanche, sur les prestations intellectuelles telles que les nôtres, effectivement, c’est un peu ubuesque ; parce que ce que nous vendons comme prestation intellectuelle c’est ce qui s’appelle une mission. Une mission est faite de trois choses : pour diriger un projet chez un client, c’est une démarche et des outils pour conduire le projet ; c’est deuxièmement un secteur donné pour un client donné ; et troisièmement avec ce que l’on appelle un dispositif c’est une équipe de consultants avec un chef de mission.
Donc, si vous voulez, on a chaque fois du surmesure quand on mélange ces trois axes pour réaliser une nouvelle mission. Mais comment comparer ces différentes missions les unes aux autres ? Ce n'est pas possible. Donc les fonctions achats, finalement, se réfugient derrière, ce qui est de l’esclavage moderne, qui est le prix au jour du consultant. Ce qui n’a évidemment pas de sens parce qu’un consultant peut très bien valoir cent sur une mission en tant qu’expert d’un sujet précisément dans un secteur qu’il connait bien chez un client qu’il connait bien, en revanche il peut très bien valoir cinquante sur une autre mission parce qu’il est simplement un appui au chef de mission qui lui a l’expertise et la connaissance. Donc le prix de l’individu ne veut rien dire.
Alors parfois, niveau deux, les achats se disent « nous on va passer aux grades des consultants ». Pas de chance, nous n’avons pas de grade chez Akeance. Donc on ne peut guère répondre à tout cela. Et cela étant dit, le nombre de grades n’est pas le même dans les cabinets. Vous avez des cabinets à trois grades, vous avez des cabinets à sept grades etc. Donc évidemment les directions achats qui imposent leurs propres grades sont souvent à côté de la plaque si vous voulez.
Et puis, alors là cela fait très fonctionnaire des années 50, c’est de considérer que la quantité de temps fait la compétence. Donc vous avez des tranches de zéro à trois ans d’expérience, de quatre ans à six ans etc. Là on est vraiment dans un schéma strictement mécanique pour faire le prix d’une mission. Ce qui évidemment n’a pas beaucoup de sens.

Alors, sans tomber dans ces lourdeurs bureaucratiques et administratives, il y a quand même une nécessité de pilotage, au moins budgétaire. Comment assurer ce pilotage sans fonction achats ?

Le pilotage, ça ne se fait pas par une fonction achats. En entreprise vous avez des managers et puis sur les projets et les études vous avez des directeurs de projet. Donc le directeur de projet a la responsabilité de mener à bien son projet quel qu’il soit, de transformation ou d’étude, mais il maitrise son délai, son temps et son budget. Il suffit de lui rajouter une colonne dans Excel si vous voulez. Ce n’est quand même pas très compliqué.

Alors comment est-ce que vous expliquez que les fonctions achats ne reculent pas davantage dans les entreprises malgré toutes les limites que vous décrivez. On lit même dans la presse professionnelle que ça devient une fonction hautement stratégique.

Ecoutez, d’abord il faut occuper tout le monde dans une entreprise. Bon, puis c’est la beauté des choses quelque part. Mais surtout, si vous voulez, il y a un dogme qui fait qu’il faut qu’une fonction achats comme une fonction RH s’occupe de tout. Il ne faut pas faire d’exception car si l’on fait une exception ça pose question etc. Donc se faciliter la vie pour un dirigeant c’est ne pas voir un poil qui dépasse si vous voulez. Donc on applique tout ça à tout, y compris sur notre métier, ce qui est particulièrement ubuesque. En revanche, ce qui est beaucoup plus embêtant, qui est plus grave et parfois plus délibéré c’est je pense cette fameuse « démanagerisation », qui est mon sujet préféré comme vous le savez, cette déresponsabilisation des managers. Alors on le fait dans les hiérarchies de travail courant mais on le fait aussi sur les projets. La première question qui se pose à un directeur de projet c’est d’attendre l’accord des achats. Il est mal barré le projet.

Et bien merci beaucoup Michel Mondet de cette franchise. Vous n’allez pas vous faire que des amis avec cette intervention.

Je sais bien mais je le pense vraiment.

Merci encore.

Merci.

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